En bref

Thomas Lebrun, psychologue familial à Lyon, accompagne des pères depuis 12 ans. Il explique ce qu'est vraiment la paternité engagée et ce qu'elle change.

Dans notre quête de comprendre les défis et les joies de la paternité moderne, nous avons rencontré Thomas Lebrun, un psychologue clinicien basé à Lyon, connu pour son expertise en thérapie familiale et son engagement envers la paternité moderne. Avec une pratique centrée sur l’accompagnement des pères qui cherchent à s’éloigner des modèles parentaux traditionnels, Thomas Lebrun offre une perspective unique sur la masculinité positive et l’implication paternelle. Dans cet entretien, il partage avec nous ses réflexions et conseils pour les pères d’aujourd’hui. Pour approfondir vos connaissances, consultez notre guide du futur papa.

Qui est Thomas Lebrun ?

Thomas Lebrun est un psychologue clinicien établi à Lyon, spécialisé dans la thérapie familiale et l’accompagnement des pères. Depuis douze ans, il aide les hommes à redéfinir leur rôle de père, en s’éloignant des modèles traditionnels pour construire une paternité plus engagée et émotive. Auteur prolifique sur les thèmes de la masculinité positive et du développement émotionnel des enfants, Thomas est une voix influente pour une paternité moderne et impliquée.

Q : Qu’est-ce que vous appelez “paternité engagée” concrètement ?

La paternité engagée, c’est avant tout une approche active et consciente de la parentalité. Cela signifie être présent émotionnellement et physiquement pour ses enfants, mais aussi être un partenaire égal dans l’éducation et les soins quotidiens. Concrètement, cela peut se traduire par des gestes simples comme participer aux routines du quotidien, être à l’écoute des besoins émotionnels de ses enfants, et s’investir dans leurs activités, leurs passions. C’est aussi vouloir comprendre et déconstruire les stéréotypes de genre qui peuvent influencer la façon dont on élève une fille ou un garçon. Cette approche demande aux pères de remettre en question les attentes traditionnelles liées à leur rôle et d’embrasser une parentalité plus collaborative et bienveillante. En fin de compte, être un père engagé, c’est reconnaître que ce rôle est crucial dans le développement équilibré et heureux d’un enfant.

Q : Comment êtes-vous arrivé à vous spécialiser sur les pères ?

Père et enfant lisant ensemble sur le canapé

Mon parcours vers cette spécialisation a été assez organique. Au cours de mes premières années de pratique, j’ai remarqué que les pères étaient souvent sous-représentés dans les thérapies familiales, alors même qu’ils jouaient un rôle essentiel dans le bien-être familial. À cette époque, je recevais beaucoup de mères qui évoquaient des difficultés liées à la participation paternelle. Cela m’a poussé à m’intéresser de plus près à la place des pères dans la dynamique familiale et à l’impact de leur implication sur le développement des enfants. J’ai alors entrepris de me former plus spécifiquement sur ces questions. Ma pratique s’est naturellement orientée vers l’accompagnement des hommes qui cherchaient à concilier leur identité masculine avec un rôle de père plus impliqué et émotionnellement disponible. Aujourd’hui, je continue d’apprendre de chaque cas que je rencontre, tout en contribuant au débat public sur ces questions par mes écrits et conférences.

Q : Quand un père vient vous voir, quel est généralement son problème ?

Les pères qui viennent me consulter le font souvent pour des raisons qui touchent à leur rôle et à leur engagement dans la famille. Beaucoup se sentent tiraillés entre les attentes sociétales et leurs propres désirs d’être plus présents pour leurs enfants. Ils peuvent ressentir une pression intense à réussir professionnellement, tout en voulant être de bons pères et partenaires. Certains se questionnent sur leur capacité à être un modèle positif pour leurs enfants, surtout s’ils n’ont pas eux-mêmes eu de figure paternelle engageante. D’autres viennent parce qu’ils rencontrent des difficultés à établir une communication ouverte et empathique avec leurs enfants ou leur partenaire. Il est aussi fréquent que des pères se sentent isolés dans leur expérience parentale, ne sachant pas vers qui se tourner pour partager leurs doutes et leurs réussites. Mon rôle est alors de leur offrir un espace où ils peuvent explorer ces questions en toute sécurité et développer des stratégies pour mieux s’intégrer dans leur vie familiale.

Q : Quel est l’impact d’un père absent émotionnellement sur ses enfants ?

L’absence émotionnelle d’un père peut avoir des répercussions significatives sur le développement émotionnel et psychologique de l’enfant. Les enfants ont besoin de sentir que leurs émotions sont reconnues et validées par leurs figures parentales. Un père absent émotionnellement peut engendrer un sentiment de vide ou de manque chez l’enfant, qui peut se manifester par des difficultés à nouer des relations ou à gérer ses propres émotions. Certains enfants peuvent développer une faible estime de soi ou des difficultés à faire confiance aux autres. L’impact peut varier en fonction de la résilience de l’enfant et des autres soutiens émotionnels disponibles dans sa vie, comme une mère ou un grand-parent impliqué. Cependant, il est important de noter qu’il n’est jamais trop tard pour un père de s’engager émotionnellement. Dès qu’ils prennent conscience de cette absence, les pères peuvent travailler à établir ou rétablir une connexion émotionnelle avec leurs enfants, ce qui peut grandement contribuer à leur bien-être à long terme.

L’impact du père sur le développement de l’enfant

Q : Vous travaillez avec des pères qui ont grandi sans père présent. Comment ça se passe ?

Travailler avec des pères qui ont eux-mêmes grandi sans une figure paternelle présente peut être particulièrement enrichissant, bien que complexe. Ces hommes portent parfois en eux des blessures non résolues et des questionnements sur leur propre identité masculine et parentale. Dans ces cas, le travail thérapeutique consiste souvent à explorer leur histoire personnelle pour mieux comprendre les modèles qu’ils souhaitent ou non reproduire avec leurs propres enfants. Nous travaillons sur la reconnaissance des émotions, la gestion des attentes, et la construction d’un modèle de paternité qui leur ressemble. Il est crucial de déconstruire les idées reçues sur ce que signifie être un “bon” père, et de construire ensemble des stratégies adaptées à leur situation unique. C’est un processus qui demande du temps et de l’engagement, mais qui peut aboutir à une paternité plus épanouie et authentique. Je les encourage à reconnaître leurs forces et à utiliser leurs expériences passées comme des leviers pour offrir à leurs enfants une présence qu’ils n’ont peut-être pas eue. Notre guide sur la communication parents-enfants propose des outils pratiques pour ceux qui cherchent à développer cette présence émotionnelle au quotidien.

Père et enfant lisant ensemble sur le canapé, moment de complicité

Q : Y a-t-il des différences entre être père de filles et père de garçons ?

Bien que chaque enfant soit unique et que les relations parent-enfant varient indépendamment du genre, il existe des nuances entre être père d’une fille et être père d’un garçon. Ces différences sont souvent liées aux attentes sociétales et aux stéréotypes de genre qui influencent notre manière d’éduquer. Par exemple, certains pères peuvent se sentir plus protecteurs envers leurs filles en raison de préjugés culturels, tandis qu’ils peuvent se sentir poussés à encourager leurs fils à être plus indépendants ou compétitifs. Mon conseil aux pères est de rester attentifs aux besoins individuels de chaque enfant, plutôt que de se laisser guider par des idées préconçues. Que ce soit une fille ou un garçon, l’important est de leur offrir un espace où ils se sentent aimés, soutenus et libres de développer leur propre identité. L’objectif est d’encourager l’expression de leurs émotions et de leurs intérêts sans se soucier des normes de genre. En fin de compte, être un bon père passe par la compréhension et l’acceptation de chaque enfant tel qu’il est.

Q : Le congé paternité : vous constatez un changement depuis 2021 (25 jours) ?

Depuis l’allongement du congé paternité en 2021, j’ai observé plusieurs changements significatifs chez les pères qui viennent me consulter. Ce temps supplémentaire permet aux nouveaux pères de s’investir davantage dans les premiers moments de la vie de leur enfant, ce qui est crucial pour établir un lien fort dès le départ. Les pères me parlent souvent de l’opportunité que cela représente pour eux de partager les responsabilités parentales plus équitablement et de mieux comprendre les défis quotidiens auxquels sont confrontés les parents à la maison. Cela contribue également à une répartition plus équilibrée des tâches domestiques et des soins aux enfants. Cependant, il reste des résistances culturelles et professionnelles qui peuvent limiter l’utilisation de ce congé. Certains pères se sentent encore contraints par des normes de travail qui valorisent la présence au bureau. Pourtant, ce congé prolongé est une étape importante vers une parentalité plus égalitaire et bénéfique pour toute la famille. Nous avons d’ailleurs exploré ces enjeux dans notre article sur les tabous de la paternité.

Conseils pratiques pour les futurs pères

Q : Que conseillez-vous aux futurs pères pour démarrer du bon pied ?

Aux futurs pères, je conseillerais de s’informer et de s’impliquer dès la grossesse. Assister aux rendez-vous prénataux, se renseigner sur le développement du bébé et se préparer aux changements à venir sont des étapes essentielles. Il est également important de discuter avec la future mère des attentes mutuelles concernant la parentalité, afin d’aligner vos visions et d’éviter les malentendus. Une communication ouverte et honnête est la clé pour naviguer ensemble dans cette nouvelle aventure. Je recommande aussi de ne pas hésiter à demander de l’aide et à chercher du soutien, que ce soit auprès de professionnels, d’amis ou de groupes de pères. Cela peut aider à se sentir moins isolé dans cette expérience. Enfin, soyez prêt à embrasser l’inconnu : chaque enfant est unique et vous apprendrez au fur et à mesure. L’important est d’être présent, curieux et prêt à s’adapter.

Message aux pères qui nous lisent

Q : Votre message final aux pères qui lisent cet article ?

À tous les pères qui nous lisent, je voudrais dire qu’il n’existe pas de modèle unique de paternité. Chaque père est différent, tout comme chaque enfant et chaque famille. Ce qui compte, c’est l’amour, l’attention et le temps que vous consacrez à vos enfants. Ne vous comparez pas aux autres et ne vous laissez pas intimider par les attentes sociétales. Votre parcours en tant que père vous appartient et il est important de le vivre à votre manière, en accord avec vos valeurs et vos besoins. Si vous ressentez des difficultés, sachez qu’il existe des ressources de soutien sur Combattre la Dépression et que demander de l’aide est un signe de force, pas de faiblesse. N’oubliez pas que chaque petit geste compte et que votre présence est précieuse pour vos enfants. Soyez fier de votre engagement et continuez à cultiver cette relation unique.

En conclusion, Thomas Lebrun nous rappelle que la paternité est une aventure exigeante mais profondément gratifiante. À travers son approche centrée sur l’engagement et l’émotion, il offre aux pères une nouvelle manière de penser leur rôle et de contribuer positivement à l’épanouissement de leurs enfants. Ses conseils pratiques et ses encouragements à embrasser une paternité authentique sont autant de ressources précieuses pour les pères modernes.

Questions fréquentes

La paternité engagée désigne une implication active du père dans tous les aspects de la vie de l'enfant : soins quotidiens, accompagnement émotionnel, présence aux moments importants, partage des tâches parentales. Elle s'oppose au modèle du 'père pourvoyeur' qui délègue l'éducation à la mère. Ce n'est pas seulement être physiquement présent — c'est être disponible émotionnellement.

Les études montrent que l'absence émotionnelle paternelle (présence physique mais distance affective) est associée à des difficultés d'estime de soi, des problèmes relationnels à l'âge adulte, et parfois une recherche compulsive de validation externe. Les enfants (filles surtout) de pères émotionnellement absents montrent plus de difficultés dans leurs relations amoureuses adultes.

Oui et non. L'allongement de 2021 est positif symboliquement — il reconnaît que le père a un rôle dès la naissance. Mais dans ma pratique, je vois encore beaucoup de pères qui ne le prennent pas intégralement, par pression professionnelle ou culturelle. Le congé paternité long n'a d'impact durable que si la culture familiale et professionnelle accompagne. Le décret sans le changement culturel, c'est insuffisant.

Par les gestes quotidiens répétés : les bains, les changes, les nuits, les repas. Ces gestes créent un lien hormonal (ocytocine) et une compétence pratique. Beaucoup de pères attendent que leur enfant soit 'intéressant' (à partir de 2-3 ans) pour s'impliquer — c'est une erreur. Le lien père-enfant se construit dans les 1000 premiers jours, exactement comme la relation mère-enfant.

En cherchant explicitement un psy qui travaille sur les 'questions de parentalité' ou 'thérapie familiale', et en demandant en premier entretien quelle est son expérience avec des patients masculins. Les Centres de Guidance Infantile et les CAMSP proposent également des consultations pour les parents. Et de plus en plus de psys proposent des groupes de parole spécifiquement pour les pères.

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