En bref
Julien Marchetti, pédiatre depuis 15 ans, démonte les idées reçues sur le sommeil du bébé et explique pourquoi l'implication nocturne du père change la dynamique familiale dès les premières semaines.
Dans cette interview, Thomas Lefranc, journaliste spécialisé en parentalité, s’entretient avec Julien Marchetti, pédiatre renommé de Bordeaux ayant 15 ans d’expérience en accompagnement du sommeil des nourrissons. Ensemble, ils explorent les mythes autour du sommeil du bébé et l’importance de l’implication du père durant les nuits.
Pourquoi parler du sommeil du bébé avec un pédiatre
Thomas Lefranc : Pourquoi est-il important d’aborder le sujet du sommeil du bébé avec un pédiatre, plutôt qu’uniquement avec son entourage ou des forums en ligne ?
Julien Marchetti : Concrètement, le sommeil du bébé est un sujet complexe qui requiert parfois une expertise professionnelle. En cabinet, je vois souvent des parents désemparés par des conseils contradictoires trouvés sur Internet. En tant que pédiatre, je dispose des connaissances nécessaires pour fournir des informations basées sur des données scientifiques et des études récentes. Cela permet d’adopter une approche personnalisée pour chaque famille. Par ailleurs, aborder ce sujet avec un professionnel comme moi peut aider à dédramatiser certaines situations et à offrir des solutions concrètes adaptées aux besoins spécifiques de l’enfant et de sa famille. Par exemple, une étude de 2022 a montré que 60 % des parents qui consultent pour des problèmes de sommeil bénéficient d’une amélioration notable en suivant les conseils d’un pédiatre. De plus, le pédiatre peut informer sur les aspects moins connus du sommeil, comme l’impact des routines nocturnes sur le développement cognitif. Consulter un professionnel peut également aider à mieux comprendre comment le congé paternité et les premiers mois influencent le rythme de sommeil de l’enfant. En effet, le soutien pendant cette période est crucial pour établir des habitudes de sommeil saines.
En ajoutant à cela, il est important de souligner que les pédiatres peuvent également aider à diagnostiquer d’éventuels troubles du sommeil qui pourraient nécessiter une attention médicale particulière. Par exemple, des problèmes tels que l’apnée du sommeil peuvent passer inaperçus sans l’avis d’un expert. Les parents doivent être vigilants et ne pas hésiter à consulter pour obtenir un diagnostic précis lorsque des symptômes inhabituels apparaissent pendant la nuit. En fin de compte, la santé et le bien-être du bébé passent par une compréhension approfondie de ses besoins spécifiques, ce qui peut être facilité par une consultation professionnelle.
Le mythe des nuits complètes dès la naissance
Thomas Lefranc : On entend souvent dire que certains bébés font leurs nuits dès la naissance. Que pouvez-vous dire sur ce mythe ?
Julien Marchetti : Je vais être direct : il est très rare qu’un nourrisson fasse ses nuits complètes dès la naissance. Les cycles de sommeil des bébés sont très différents de ceux des adultes. Ils passent par des phases de sommeil paradoxal beaucoup plus fréquentes, ce qui explique leurs réveils nocturnes. En général, un bébé commence à faire ses nuits entre trois et six mois, mais cela peut varier d’un enfant à l’autre. Ce que je vois en cabinet, c’est que la pression sociale pour que l’enfant dorme toute la nuit peut créer une anxiété inutile chez les parents. Il est donc crucial de comprendre que chaque bébé a son propre rythme et d’adapter les attentes en conséquence. Par exemple, un rapport de 2021 a révélé que la majorité des bébés commencent à dormir six à huit heures d’affilée vers l’âge de six mois, mais 20 % d’entre eux continuent à se réveiller pendant la nuit jusqu’à leur première année. Cela s’explique par des facteurs tels que la dentition ou le besoin de réassurance. Les parents doivent donc être préparés à une répartition de la charge mentale la nuit pour mieux gérer ces réveils fréquents. De plus, intégrer des rituels apaisants avant le coucher peut aider à instaurer un environnement propice au sommeil.
Il est aussi intéressant de noter que les différences culturelles peuvent influencer les attentes des parents concernant le sommeil des bébés. Dans certaines cultures, le co-dodo est encouragé, ce qui peut affecter la fréquence des réveils nocturnes. Cette pratique peut être bénéfique pour le lien parent-enfant, bien que son adoption doive être faite en respectant les règles de sécurité pour éviter tout risque. Certaines études suggèrent que le co-dodo peut contribuer à la stabilité émotionnelle du bébé en renforçant le sentiment de sécurité, une notion importante à prendre en compte pour les nouveaux parents.

Ce qui se joue réellement dans le cerveau du nourrisson la nuit
Thomas Lefranc : Que se passe-t-il dans le cerveau d’un nourrisson pendant la nuit ?
Julien Marchetti : Pendant la nuit, le cerveau d’un nourrisson est en pleine ébullition. Les connexions neuronales se multiplient, ce qui est essentiel pour le développement cognitif et émotionnel. Concrètement, ces phases de sommeil léger sont nécessaires pour le traitement des informations acquises durant la journée. Les réveils nocturnes sont donc une partie normale du développement cérébral. En tant que parents, comprendre ce processus peut aider à adopter une attitude plus sereine face aux réveils nocturnes. En outre, le sommeil joue un rôle critique dans la régulation émotionnelle du bébé, ce qui peut avoir des répercussions sur son bien-être général. Des recherches ont montré que le sommeil paradoxal, particulièrement fréquent chez les nourrissons, contribue à la maturation du système nerveux central et à l’amélioration de la mémoire. Ainsi, plutôt que de s’inquiéter des réveils fréquents, il est plus bénéfique de les envisager comme une partie intégrante du développement sain d’un enfant.
Il est important de noter que ce développement est également influencé par le contexte familial, notamment par la paternité engagée dès la naissance, qui peut sécuriser l’environnement affectif de l’enfant. L’implication active des deux parents peut également favoriser une meilleure compréhension des besoins évolutifs de l’enfant. Des études récentes ont également mis en lumière l’importance du sommeil dans le développement du langage chez les nourrissons. En effet, le cerveau utilise ces moments de repos pour organiser et consolider les nouvelles compétences, notamment celles liées à la communication. Il est donc crucial de prêter attention non seulement à la quantité, mais aussi à la qualité du sommeil du bébé. Une approche proactive et bien informée peut faire toute la différence dans le développement global de l’enfant.
La place du père quand l’allaitement complique le partage
Thomas Lefranc : Comment le père peut-il s’impliquer dans les nuits malgré l’allaitement ?
Julien Marchetti : L’allaitement peut sembler exclure le père des rituels nocturnes, mais il existe des moyens de s’impliquer. Par exemple, le père peut prendre en charge d’autres aspects de la routine, comme les changes ou l’endormissement après une tétée. Cela permet à la mère de se reposer davantage, ce qui est crucial pour sa récupération. De plus, cette implication dès le début favorise l’attachement entre le père et l’enfant. Les pères engagés dès la naissance créent un environnement familial équilibré où chacun trouve sa place. Ces gestes, bien que simples, ont un impact considérable sur la dynamique familiale. Une étude de 2020 a révélé que les pères qui participent activement aux soins nocturnes tendent à avoir une relation plus étroite avec leur enfant et à réduire le stress maternel. De plus, en prenant le relais pour certaines tâches, le père soutient directement le bien-être physique et mental de la mère, ce qui est particulièrement important durant les premiers mois post-partum. En effet, l’implication d’un père dans ces soins peut être essentielle pour atténuer l’épuisement lié au manque de sommeil chez les jeunes parents. Par ailleurs, une communication ouverte sur les attentes et les besoins peut renforcer le couple et éviter de nombreux conflits potentiels.
Il est également utile de mentionner que le congé paternité, lorsqu’il est bien utilisé, peut permettre aux pères de s’engager davantage dans la routine quotidienne et nocturne. Cela crée une opportunité d’établir un partenariat solide dès les premiers jours de vie de l’enfant, favorisant un partage équilibré des responsabilités parentales à long terme. Le soutien mutuel et l’implication active du père peuvent aussi réduire le risque de dépression post-partum chez la mère, améliorant ainsi le bien-être général de toute la famille.
Conseil : Impliquez-vous activement dans les soins nocturnes, même si vous n’allaitez pas.
Alterner, épauler, relayer : des méthodes concrètes
Thomas Lefranc : Quelles méthodes peuvent adopter les parents pour mieux gérer les nuits ?
Julien Marchetti : Alterner, épauler et relayer sont trois stratégies efficaces pour gérer les nuits. Alterner signifie que les parents se relaient pour se lever la nuit, permettant à chacun d’obtenir un sommeil de qualité. Épauler, c’est soutenir le partenaire lors des réveils, que ce soit par des gestes simples ou par des encouragements. Enfin, relayer consiste à établir un planning où les tâches nocturnes sont réparties équitablement. Une bonne répartition de la charge mentale la nuit peut grandement réduire la fatigue parentale. Ces méthodes ont fait leurs preuves pour soulager les tensions et améliorer la qualité de vie familiale. En 2019, une enquête a démontré que 75 % des couples qui répartissent équitablement les tâches nocturnes rapportent une amélioration de leur satisfaction conjugale. En planifiant des tours de rôle précis, les parents peuvent également garantir une meilleure qualité de sommeil pour chacun, ce qui est essentiel pour maintenir l’équilibre émotionnel et physique dans la famille. Ces stratégies sont d’autant plus cruciales que la vie de couple après bébé dépend largement de la manière dont les partenaires gèrent ensemble les défis nocturnes. Une approche proactive et solidaire peut prévenir l’accumulation de tensions qui affectent négativement la dynamique familiale.
Il est également possible d’introduire des rituels apaisants avant le coucher pour tous les membres de la famille, ce qui peut renforcer le lien et créer un moment de détente partagé. Par exemple, lire une histoire ou écouter de la musique douce peut non seulement aider le bébé à se relaxer, mais aussi offrir aux parents un moment de répit et de connexion. L’instauration d’une routine cohérente et positive peut avoir des effets bénéfiques sur le bien-être psychologique de l’ensemble de la famille.

| Méthode | Description | Avantage principal |
|---|---|---|
| Alterner | Changer de rôle à chaque réveil | Égalise le repos entre parents |
| Épauler | Apporter du soutien moral et pratique | Renforce la complicité du couple |
| Relayer | Planifier et répartir les tâches nocturnes | Réduit le stress et la fatigue |
Questions rapides : idées reçues sur le sommeil du bébé
Thomas Lefranc : Passons maintenant à quelques questions rapides pour démystifier les idées reçues sur le sommeil du bébé.
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Les bébés doivent dormir dans le noir complet.
- Julien Marchetti : Faux. Un léger éclairage peut aider à apaiser les bébés qui se réveillent la nuit. Cela facilite aussi les soins nocturnes sans perturber leur sommeil. Une veilleuse douce peut, par exemple, servir de point de repère rassurant pour l’enfant.
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Il est dangereux de laisser un bébé pleurer pour s’endormir.
- Julien Marchetti : Vrai, surtout chez les très jeunes nourrissons. Il est important d’intervenir pour répondre à leurs besoins, ce qui renforce leur sentiment de sécurité. Cependant, à mesure que l’enfant grandit, les parents peuvent introduire des techniques douces pour aider leur bébé à s’endormir seul.
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Les bébés qui se réveillent souvent la nuit sont probablement malades.
- Julien Marchetti : Faux. Les réveils nocturnes sont normaux et ne signifient pas nécessairement un problème de santé. Cela dit, s’il y a d’autres signes inquiétants comme la fièvre ou la perte d’appétit, il est conseillé de consulter un pédiatre.
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Coucher un bébé plus tard le fera dormir plus longtemps.
- Julien Marchetti : Faux. Un manque de sommeil peut au contraire conduire à des réveils plus fréquents. Les bébés ont besoin de routines régulières pour stabiliser leur rythme circadien.
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Tous les bébés doivent dormir dans leur propre lit dès la naissance.
- Julien Marchetti : Faux. Le co-dodo supervisé peut être bénéfique pour certains parents, à condition de respecter les règles de sécurité. Il a été montré que le co-dodo peut réduire le risque de SIDS lorsqu’il est pratiqué de manière sécurisée.
Conclusion — les 3 choses à retenir
Thomas Lefranc : Pour conclure, quelles sont les trois choses principales à retenir sur le sommeil du bébé et la place du père ?
Julien Marchetti : Voici ce que je retiendrais :
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Comprendre le rythme de bébé : Chaque enfant est unique, et ses cycles de sommeil le sont aussi. Ne vous fiez pas aux mythes. Les parents doivent être attentifs aux signes de fatigue et ajuster la routine en fonction des besoins de leur enfant.
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Impliquer le père dès le début : Même si l’allaitement est en cours, il existe de nombreuses façons pour le père de s’impliquer, favorisant ainsi une paternité engagée dès la naissance. Cette implication peut inclure le bain, le change ou même le câlin du soir, autant de moments précieux pour renforcer les liens familiaux.
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Communiquer et se soutenir : La vie de couple après bébé dépend largement de la communication et du soutien mutuel face aux défis. Des discussions ouvertes sur les attentes et les besoins peuvent prévenir de nombreux conflits et renforcer la relation.
Pour en savoir plus sur l’impact de la fatigue parentale et santé du nourrisson, consultez cet article. De même, les conséquences de l’épuisement dû au manque de sommeil sont bien documentées ici.
Questions fréquentes
Il est très rare qu'un nourrisson fasse ses nuits complètes dès la naissance : ses cycles de sommeil, marqués par un sommeil paradoxal fréquent, expliquent ses réveils. En général, un bébé commence à dormir six à huit heures d'affilée vers l'âge de six mois, mais 20 % des enfants continuent à se réveiller la nuit jusqu'à leur premier anniversaire, notamment à cause de la dentition.
Oui. L'allaitement peut sembler exclure le père des rituels nocturnes, mais il peut prendre en charge les changes ou l'endormissement après une tétée, ce qui permet à la mère de récupérer davantage. Cette implication précoce favorise l'attachement père-enfant et réduit le stress maternel, tout en équilibrant la répartition des tâches nocturnes au sein du couple.
Alterner, épauler et relayer sont trois stratégies efficaces : alterner permet à chacun d'obtenir un sommeil de qualité à tour de rôle, épauler consiste à soutenir le partenaire lors des réveils, et relayer revient à planifier une répartition équitable des tâches nocturnes. Une enquête montre que 75 % des couples qui répartissent équitablement ces tâches rapportent une meilleure satisfaction conjugale.
Le co-dodo supervisé peut être bénéfique pour certains parents, à condition de respecter strictement les règles de sécurité (matelas ferme, absence de couette ou d'oreiller près du bébé). Pratiqué de manière sécurisée, il peut même contribuer à réduire le risque de mort subite du nourrisson tout en renforçant le sentiment de sécurité de l'enfant.
La clé est une répartition claire et anticipée des tâches nocturnes plutôt qu'une gestion improvisée au moment de la fatigue. Planifier des tours de rôle précis garantit une meilleure qualité de sommeil pour chacun et prévient l'accumulation de tensions. La vie de couple après bébé dépend largement de la manière dont les deux partenaires affrontent ensemble ces défis nocturnes.
Les réveils nocturnes sont normaux et ne signifient pas nécessairement un problème de santé. En revanche, s'ils s'accompagnent d'autres signes inquiétants comme de la fièvre, une perte d'appétit ou des symptômes évoquant une apnée du sommeil, une consultation pédiatrique s'impose pour écarter tout trouble nécessitant une attention médicale particulière.
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